Deux témoignages de naissance

Enceinte de mon premier bébé, j’avais peu été sensibilisée à la physiologie de l’accouchement, mon suivi de grossesse était réalisé par une gynécologue et mon compagnon et moi entrevoyions la naissance en milieu hospitalier sans trop nous poser de question.

Et puis à 3 mois de grossesse, ma sœur m’a offert le livre « Intimes naissances – choisir d’accoucher à la maison » de Juliette Collonge, recueil de témoignages et d’articles sur les naissances à domicile et la physiologie de l’accouchement. Suite à une première expérience en hôpital assez décevante, ma sœur avait accouché à la maison de son deuxième enfant, accompagnée par une SF. Nous avions peu échangé sur cette expérience « hors norme », par pudeur peut être, je ne sais pas. Quoi qu’il en soit ce livre m’a bouleversé et m’a fait gamberger nuit et jour. Déclic.

A la lecture des premières pages, j’avais fait part de mes questions à mon compagnon et petit à petit nous avons été convaincus d’une naissance à domicile, logique implacable pour le respect de la physiologie, un accompagnement global par une sage-femme libérale, au sein de notre nid douillet. Pas à l’hôpital c’était certain, la naissance n’est pas une maladie.

J’ai donc cherché sur Internet des sages-femme pouvant m’accompagner dans ce projet. Elles n’étaient pas nombreuses, elles le sont de moins en moins. J’ai compris par la suite que ce n’était pas leur faute. Elles restent marginales dans leurs pratiques et subissent des pressions énormes. Leur choix d’activité orienté vers le respect du souhait des parents et d’un mode d’accompagnement global physiologique à domicile n’est pas du goût des assureurs et du conseil de l’ordre qui les traquent comme les sorcières au Moyen-Age. Quelle honte…

J’ai vraiment eu de la chance car j’ai pu rencontrer une sage-femme qui a accepté de nous accompagner dans ce projet de naissance à domicile. Elle était accompagnée par une autre sage-femme qui était en train de se former aux accouchements à domicile à ses côtés. Quelle chance, deux pour le prix d’une. Merci les filles !

J’ai parlé de ce projet avec ma gynécologue et du fait que j’allais maintenant faire mes suivis avec les sages-femmes qui allaient m’accompagner. Elle ne l’a pas mal pris « oui, pourquoi pas ». Elle ne l’a pas bien pris « mais vous mesurez bien les risques ? ». Bref, ciao !

La suite de la grossesse s’est déroulée sans encombre. Nous n’avons pas recueilli d’avis très négatifs autour de nous. Plutôt des interrogations auxquelles nous étions enchantés de répondre.

La poche des eaux se fissure quelques jours avant terme.

J’appelle ma sage-femme pour l’avertir et la tenir au courant. Nous allons au restaurant avec mon compagnon et profitons de nous deux sachant bien que nous allons bientôt être trois.

Je n’ai pas de contractions en fin de journée. Elle passe à la maison pour que nous en parlions. Elle m’informe que ma poche des eaux est rompue depuis maintenant 12 h. En milieu hospitalier, cela implique une injection d’antibiotiques régulière jusqu’à la naissance. Je comprend les risques, je ne veux pas d’antibiotiques pour mon bébé et moi. Elle réalise tout de même un prélèvement vaginal pour vérifier l’absence de streptocoque B. L’analyse se révélera négative. Elle me conseille de mettre quelques gouttes d’huile essentielle de Tea Tree sur ma serviette hygiénique et d’en changer souvent.

Les contractions démarrent au milieu de la nuit. Doucement. Je les accepte et les laisse m’envahir. J’ai parfois du mal à trouver une position qui me convienne dans le lit. A quatre pattes c’est comme cela que ça passe le mieux. Je finis par me poser sur le ballon et à rouler des hanches. Tout se passe bien, on gère ! Mon compagnon est assez excité, il reste avec moi et me rassure. Après un bain vers 3 h du matin, les contractions montent en puissance d’un seul coup. J’ai du mal à tenir et mon compagnon appelle la sage-femme pour la tenir au courant. Le travail se poursuit. La sage-femme arrive vers 5 h du matin et après avoir mesuré les paramètres dont elle a besoin, part se coucher sans inquitétude dans la chambre d’amis. Ok, ça continue, je gère, le temps est suspendu. Les contractions s’enchaînent… Il est déjà demain… Cela fait déjà 20 h que les contractions se succèdent (je n’ai pas vu passer le temps) et elles commencent à faiblir… J’essaie de me reposer mais elles ne cessent pas suffisamment pour laisser du répit et dormir. Je suis fatiguée.

C’est à ce moment qu’il faut revenir à la réalité et discuter de la situation présente avec les deux sages-femmes et mon compagnon. Après des essais de poussée infructueux et un léger doute sur les battements du cœur du bébé (monitoring portable), nous prenons la décision de partir à la clinique où nous avions prévu le plan B. Je vais bien, les contractions sont supportables. Je suis juste triste et dépitée de quitter la maison et très anxieuse de me plonger dans un univers que j’avais prévu d’éviter.

En aparté, j’avais rédigé un projet de naissance et j’avais essayé de rencontrer la sage-femme cadre de la clinique mais sans succès.

Les sages-femmes appellent donc la clinique pour les prévenir de notre arrivée. Les mots ne sont pas complètement entendus et nous sommes accueillis sur place par un personnel ayant visiblement eu peur de la situation. Le personnel de la clinique est étonné de me voir marcher, sourire… bref, tout va bien, j’ai juste besoin d’un coup de main pour le grand final.

Je m’allonge sur la table d’accouchement (putain mais qu’est ce que je fous ici ? Mais où sont mes sages-femmes ?… Elles ont disparu, je ne les vois plus…). J’ai besoin de mon compagnon, il est là et me rassure mais je vois bien qu’il n’est pas serein et moi non plus.

La sage-femme de la clinique m’ausculte, me pose des tuyaux et des trucs que je ne veux même pas regarder. Déni. Ma gynéco arrive, il est 21 h. Elle me reproche de l’avoir sortie de son lit « …risques inconsidérés (…) vous n’auriez pas dû… ». Après vérifications des paramètres, elles me disent que tout va bien (oui, je sais que tout va bien) et que je peux pousser (ok je vais essayer). Bon, bref, les poussées n’ont pas l’effet escompté. Le bébé est presque là, il ne manque pas grand-chose. La gynéco sort les spatules (oh putain c’est quoi ces trucs?) et c’est parti. J’ai juste le temps de dire que je ne veux pas d’épisiotomie. Elle a juste le temps de me répondre qu’elle verra bien si c’est nécessaire ou pas. Elle attrape le bébé avec les spatules. Je crie. Elle me dit de crier moins fort. Putain de merde mais qu’est ce que je fous ici encore une fois ? Elle sort le bébé. Je suis à bout de force. Elle me dit : « alors, vous le prenez ou pas le bébé ? »… au secours…

Je prend ce petit bout d’homme dans mes bras, il est si petit. Je t’aime. Mon compagnon et moi sommes émerveillés.

Je laisse la gynéco et la sage-femme de la clinique faire leur boulot. Je ne veux pas leur parler. J’apprends que j’ai juste deux petites déchirures. La gynécologue s’en va en me disant « bon, ben, le prochain ce sera à la maison ? Il n’y aura pas de problèmes a priori, vous étiez presque là ! ». Arg !

Il est 21h30.

Je ne sais pas comment faire avec ce bébé. Ils l’ont habillé et placé à côté de moi. Il a les yeux ouverts. Je ne sais pas quoi faire. Mon compagnon et moi sommes seuls. Nous sommes heureux mais nous nous sentons seuls, orphelins de nos sages-femmes qui ont disparu depuis notre arrivée ici.

Il est 1 h du mat’… enfin, on nous fait sortir de la salle d’accouchement pour m’accompagner dans une chambre. Pas de coussins, pas de draps. J’insiste pour avoir des trucs pour être allongée un peu plus confortablement mais je sens bien que ma demande les ennuie.

Mon compagnon est épuisé, il décide de rentrer pour se reposer. Merci d’avoir veillé sur moi, sur nous jusque là.

Je reste seule. Mon bébé à côté de moi. Il se met à pleurer. J’essaie de le bercer tant bien que mal. J’ai du mal à marcher, je ne sais pas comment me mettre. Et je ne sais pas comment rassurer mon bébé. Je ne sais pas comment le mettre au sein. J’essaie mais sans succès. C’est la cata. Je suis seule et épuisée, personne ne vient…

Le lendemain matin, je reçois la visite d’une petite troupe dont la gynécologue et la sage-femme cadre.
– Elles me disent : « vous avez pris des risques inconsidérés, vous êtes inconsciente pour votre santé et celle de votre bébé »
– Je réponds : « … »
– Elles enchaînent : « quel est le nom des sages-femmes qui vous ont permis de faire cela ? »
Je donne les noms, je suis atterrée et je ne comprend pas tout ce qu’elles me disent. Elles quittent la salle en me donnant des consignes que je ne capte pas et en me disant que mon bébé était vraiment né sous une bonne étoile.

Mon compagnon me rejoint. Ma sage-femme arrive aussi et nous explique qu’elles se sont fait mettre à la porte dès que j’étais rentrée à la clinique la veille. Il n’y avait eu aucune transmission.

Nous cherchons ensuite à savoir si nous pouvons quitter le service pour rentrer chez nous. Nous recueillons des avis positifs, nous faisons nos bagages et rentrons dare-dare à la maison. Home sweet home enfin !

En fin de journée, mon compagnon apprend que nous n’aurions pas dû partir comme cela (« comme des voleurs »), qu’il fallait attendre la visite du médecin, signer des papiers… nous n’étions pas au courant. Il s’est platement excusé.

Nous apprenons également que notre sage-femme s’était fait remonter les bretelles par la sage-femme cadre de la clinique. Elle a été menacée : si notre bébé fait une jaunisse, il n’est pas question qu’il soit pris en charge par la clinique. Mon compagnon appelle la sage-femme cadre et s’excuse platement, surtout pour mettre hors de cause notre dévouée sage-femme.

Désolés. Désolés et encore désolés. De quoi ? Je ne sais pas, mais bon ça leur convient et on s’en fout, on est à la maison, on est trois et on est heureux.

J’ai mis du temps à me remettre ce cette malheureuse expérience en milieu hospitalier. De ces mots qui blessent, de cet abandon, de cette culpabilité. Je n’ai pas vécu la naissance et l’accueil de mon bébé comme je le souhaitais. Je pense que ça m’a valu une bien belle dépression post-partum. Merci mon compagnon d’avoir été là, d’être toujours là, je t’aime. Je suis fière de notre fils.

La naissance à domicile est resté une évidence lorsque nous avons décidé de concevoir notre deuxième bébé. Et c’est la fleur au fusil que je suis allée rencontrer ma sage-femme lui demandant si elle voulait bien m’accompagner dans ce nouveau projet. Entre temps, les choses s’étaient encore durcies sur cette pratique, les sages-femmes étaient de moins en moins nombreuses et par la force des choses devaient prioriser les très nombreuses demandes (légitimes) qu’elle recevaient. Premières arrivées, premières servies ! Ma sage-femme m’a rapidement informée qu’elle ne pourrait pas m’accompagner pour mon accouchement à domicile. J’ai fait le tour du département sans succès. Grosse déception, rage, colère…

Nous sommes en France bien loin d’avoir le choix des conditions dans lesquelles nous pouvons mettre au monde nos enfants. Je me répète mais la grossesse n’est pas une maladie. C’est nous, en tant que parents, qui devrions choisir. Et c’est le système qui devrait nous accompagner au mieux et nous permettre d’avoir un praticien formé et éclairé dédié, une sage-femme en l’occurrence dont c’est le métier, qui accompagne nos choix et nous oriente en cas de difficultés. C’est cette lacune sévère qui peut conduire certains couples à vouloir donner naissance à leur enfant sans assistance, c’est leur choix, je le respecte. Mais pour ceux d’entre eux qui auraient souhaités avoir une sage-femme à leur côté et qui font ce choix par dépit, je ne trouve pas cela normal. L’État est responsable de cette situation, il devrait se prendre en main et écouter la parole de ses citoyens. Mais non, l’État préfère écouter ses lobbies, ses assureurs et laisse pourrir la situation… Bravo.

Sur les conseils de ma sage-femme (Tu es sûre que tu ne peux pas m’accompagner? Désolée d’insister…), j’ai bâti un projet de naissance béton et suis partie rencontrer une des sages-femmes cadre de l’hôpital. L’accueil a été plutôt positif. Les pratiques en milieu hospitalier se « modernisent » petit à petit dans le sens du respect de la physiologie mais il reste encore quelques gros blocages sur leur protocole (la route est longue) : minutage des séquences de travail, pose de cathéter, injection d’ocytocine pour « accélérer et faciliter la délivrance », nous y reviendrons. Et c’est le cœur gros avec une grosse appréhension que je m’inscrit pour accoucher à l’hôpital. J’ai fait le choix de demander à avoir accès à l’espace physiologique mais je n’ai pas envie d’y aller, je ne peux pas m’y résoudre et je suis toujours en colère.

Ma grossesse s’est passée vraiment sans encombre. Mon suivi a été effectué par ma sage-femme, puis par une autre, tout aussi investie dans le respect de la physiologie. Sans problèmes de ce côté là.

Quelques jours avant le terme, les contractions commencent en début de journée et s’intensifient petit à petit. Il nous semble temps de partir à la maternité en fin de journée. Je n’ai pas envie d’y aller.

A l’arrivée, nous sommes accueillis par une sage-femme qui mesure les paramètres dont elle a besoin. Elle m’allonge dans une petite salle près de l’accueil mais bien vite je me lève et j’essaie tant bien que mal de ne pas foutre en l’air le monitoring qu’elle m’a posé. Les contractions se succèdent, je les gère, mon compagnon est là, me masse, me rassure, tout va bien.

On doit être au moment du changement d’équipe car je ne revoie plus la dame qui nous a accueilli à notre arrivée. Une autre sage-femme nous prend en charge et nous informe que je ne peux pas aller en salle physio. Mes pertes sont colorées de méconium. Je suis à moitié à poil déjà et elle me propose de me mettre une serviette autour des hanches. Je m’en fout de montrer mes fesses dans le couloir. Elle nous accompagne dans une salle de naissance. Elle a bien lu mon projet de naissance et a fait en sorte de placer un ballon et un drap à suspendre au dessus de la table d’accouchement. Je me pose sur le ballon, ça fait du bien, je ne le quitte plus. La lumière est tamisée, elle se fait discrète tout le long du travail. Elle me pose une sangle élastique avec un monitoring portable pour que je soit libre de mes mouvements, faut faire avec. Mais le capteur n’arrête pas de tomber. J’arrête de le remettre. Elle revient le placer à chaque fois qu’il tombe. Elle essaie de se faite vraiment toute petite. Merci.

Le travail suit son cours, je suis à dilatation complète. Je ne ressens pas le besoin de pousser encore mais comme je commence à sortir de leurs normes, il faut que je le fasse quand même. D’abord à quatre pattes sur la table d’accouchement, puis sur le côté, je pousse mais sans succès. Rien ne vient. Il se passe encore quelques temps. Les contractions s’enchaînent, je les gère, tout se passe bien pour moi.

Puis vient un moment d’agitation où l’interne de service vient voir comment cela se passe. Comme je suis toujours hors de leur cadre de temps, elle insiste pour que je pousse et me menace de devoir sortir les instruments pour extraire le bébé. Ah, non, pas de ça !!! Elle s’en va, la sage-femme revient et m’encourage vraiment pour la descente du bébé. Elle me fait confiance, je la remercie. Le bébé est là, je le sens, sa tête est là, ses cheveux, on y est presque. Le voilà !

Le bébé est tout de suite posé sur ma poitrine et recouvert d’un lange chaud. Nous découvrons tout les deux ce petit bout de chou qui vient de rejoindre notre monde. C’est une fille. Nous profitons de ce moment hors du temps. Je la mets au sein, elle tête, tout va bien, je me sens en super forme ! Je suis fière de moi, de mon bébé – elle est si belle – de mon compagnon. On l’a fait !

Et puis la réalité revient. Je suis encore hors de leur temps et le placenta n’est pas sorti. J’ai une injection d’ocytocine, sur le coup je m’en fout, mon bébé est là dans mes bras, faites ce que vous voulez. Le placenta fini par être délivré. Je pense être au bout de mes peines… que nenni, toute la galette n’y est pas, il manque un morceau. Merde.

Bran le bas de combat. Visite de anesthésiste. Ce sera une générale. Pas question. Je refuse. Il concède une péridurale, moi qui n’en voulais pas. J’arrive à dédramatiser, j’arrache même un sourire à l’anesthésiste. Il me dit que je vais sentir et avoir mal. Je lui réponds que je peux gérer la douleur. De toute manière, comme la plupart des mamans qui mettent leur bébé au monde, je suis dopée aux hormones, il peut m’arriver n’importe quoi, je suis invincible.

Mon compagnon prend sa fille dans les bras, elle est calme contre sa peau. Il lui tient chaud. Et l’intervention commence, « même pas mal ». Je m’oblige à penser à autre chose que ces mains, ces bras cherchant, fouillant. Le terme de « révision utérine » fait vraiment penser à « révision automobile » : nettoyage des filtres, serrage des boulons et « voilà m’dame c’est reparti pour 20 000 km ! ». Le bout de placenta fini par être extrait. C’est bon c’est fini. Me voilà donc clouée au lit, mes jambes ne répondent plus, quelle horrible sensation. Je retrouve mon bébé, merveille de la création, les regards se croisent, retour au calme.

Je suis conduite en chambre. J’y passe une nuit calme et paisible (avec des draps et des coussins!). Je me sens pousser des ailes, je me sens forte, ma fille est si belle.

Le lendemain matin nous annonçons dès les premières visites que nous voulons quitter l’hôpital au plus vite pour rentrer chez nous. Nous avions préparé une lettre de ma sage-femme les assurant qu’elle allait me suivre à domicile après la naissance. Elle est contactée, elle m’appelle. Je lui assure que je me sens de rentrer. Si les saignements sont trop importants, il sera toujours temps de revenir à l’hôpital. Je me sens vraiment bien.

Nous comprenons quand même que cette fois-ci, il ne faut pas précipiter les choses et laisser l’hôpital avoir « le dernier mot », surtout pour protéger notre sage-femme. Nous laissons donc les visites s’enchaîner, je suis questionnée, scrutée… tout à l’air de bien aller. C’est l’interne de service qui donne le dernier mot vers 15 h et nous « autorise » à partir dans les règles de l’art : une petite paraphe en bas d’une décharge et ciao !

Ouf, enfin de retour à la maison.

Quelques mois plus tard, la salle physiologique de l’hôpital a été ouverte en « plateau-technique », ouverte aux sages-femmes et à leurs patientes en suivi global. Mais les protocoles sont restés ceux du système hospitalier, les sages-femmes et les patientes devant rester dans un cadre établi, de moyennes, de constantes, de courbes, d’heures, de piqûres… Trop peu de femmes y ont finalement accès et c’est une contrainte financière forte pour les sages-femmes. Les assureurs ont vu la manne financière possible dans ce genre de structure et ont augmenté leurs tarifs pour cette pratique. Bref, j’ai découvert que la physiologie fait (re-fait) son entrée timidement en milieu hospitalier. Il reste encore beaucoup de choses à améliorer. Le chemin est long pour permettre aux femmes de disposer du libre choix de leurs conditions de naissance…

 

Histoire d’une naissance d’un bébé se présentant par le siège – Comment préserver la physiologie dans un univers médical grâce au plateau technique

Comme mes deux précédentes grossesses, celle-ci s’est passée sans souci médical. Très surveillée du haut de mes « presque » 40 ans et avec un projet d’Accouchement À Domicile, nous avons, bébé et moi, passé toutes les barrières protocolaires. Toutes raisons gardées, bébé n’a pas souhaité présenter sa tête vers la sortie. Malgré les séances d’hypnose, d’acupuncture, d’ostéopathie et de nombreuses positions sur la tête, bébé a décidé de donner l’alerte un matin, toujours la tête près de mon coeur. Heureusement, deux jours avant, l’accouchement par voie basse avait été accordé par la
maternité.

Jour J – Je devais me rendre à 1 h de chez moi pour la dernière séance d’ostéo. Lors de mes deux premiers accouchements, la poche des eaux avait rompu. Je ne connaissais pas cette sensation de contraction avec une poche bien pleine. Et puis, nous avions trois semaines d’avance sur la date prévue. Mon amie qui devait m’assister lors de l’accouchement à la maison était partie en week-end. J’avais besoin d’elle, ce n’était vraiment pas le moment que le travail se mette en marche. Donc malgré ce léger tiraillement, il est 8h45, je prends une douche et me rend chez mon ostéo.

Comme à mon habitude, passage au toilette avant d’envisager quoi que ce soit à mon arrivée au cabinet. Tiens, j’ai une perte bizarre, comme si je venais de me moucher dans le papier toilette, mais rien de « rouge » donc tout va bien. Pour moi, le bouchon muqueux est beaucoup plus épais, non ?
La séance se déroule. Je parle de ces tiraillements à mon ostéo. Elle sent qu’une partie de mon cerveau s’est déconnecté, mais ne se prononce pas. Cela peut-être un début de travail, et il n’y aura plus rien dans quelques heures.
(Non, je ne veux pas accoucher aujourd’hui…)
Je fais le voyage retour, et là, dans ma voiture, les tiraillements se font plus intenses. Les vibrations sonores me soulagent. Bon j’ai d’autres choses à faire, j’ai une amie qui vient manger ce midi, une machine de linge à m’occuper… Allez, telle Gervaise (selon Zola), je fais fi de mon état et continue
tout en m’arrêtant de temps à autre pour vibrer et me soulager. Arrivé midi, j’appelle mon amoureux à son travail pour lui dire que cela est quand même bizarre, qu’il garde son téléphone non loin de lui, mais non, ce n’est pas ça, je ne peux pas accoucher aujourd’hui.
Mon amie ne peut venir manger ce jour là. Bon et bien tant pis…
Les tiraillements sont quand même de plus en plus intenses et m’obligent à m’arrêter quand ils sont là ; cesser de parler lors d’une communication téléphonique avec ma fille, par exemple.
Je rappelle mon amoureux « viens quand même, je trouve bizarre… mais non je ne vais pas accoucher… Bon d’accord j’appelle la SF si tu y tiens vraiment… mais je vais la déranger pour rien… »
Je le sens, ça y est, mon néo-cortex est déconnecté. Quelle douce sensation… Le futur papa arrive. Je suis sur le ballon, tout va bien, la vie est belle et je n’ai pas du tout envie de me rendre à la maternité. Oui, oui la SF va arriver, mais ce n’est pas le jour de mon accouchement, non, non, pas aujourd’hui…
Nous sommes tous les trois dans le salon. Ma SF commence à envisager le mélange des huiles pour les massages, le futur papa termine les préparations pour le départ. Moi perso, j’ai envie d’aller me mettre dans un bain… Bon ok, vas y, ausculte-moi, histoire de voir où nous en sommes…
Et bien non ! Pas de bain, de mélange d’huiles, nous partons à la maternité. L’ouverture est à son maximum, arrivée imminente…
Il est 15 h, l’accueil aux urgences est sympathique. Le personnel étonné de me voir souriante, si bien dans cet état. Et oui, ça y est, mon bébé va arriver, youpi !!!
Je suis « installée » dans une salle de naissance. Le bébé doit descendre avant d’aller plus loin. Le docteur me refuse l’accès à la salle physiologique malgré les recommandations écrites indiquées dans mon dossier.
La SF de garde autorise ma SF à rester avec moi et futur papa. Ils vont, tous les trois, pendant les heures qui suivent mettre tout en œuvre pour m’aider à adopter les postures que mon corps me dicte pour soulager les tiraillements qui se font maintenant vraiment intenses.
Je vibre, je vibre… Quel soulagement de vibrer ! D’envoyer mon souffle vers mon bassin. Allez ce n’est qu’un moment à passer, dans quelques heures mon bébé sera dans mes bras.
Ouh que je déteste ces liens (perfusion de glucose et monitoring en continu) et j’aimerais tellement en avoir d’accrochés au plafond pour me suspendre… Ggrrr, mais non pas d’adrénaline, tout va bien se passer. J’ai soif… Faim…
Je garde ma concentration sur moi-même, celle à laquelle j’accède lors de mes séances de yoga et d’hypnose. Au bout de plusieurs heures, le docteur accorde enfin à ce que la poche des eaux soient
rompues. Direction la salle de césarienne…
Bbrrr qu’il fait froid ! Oh quelle lumière ! Et tout ce monde qui s’agite autour de nous !!! Mais c’est quoi cette table ? Heureusement que je n’ai pas pris 30 kgs pendant cette grossesse…
Une grande fenêtre permet de s’évader vers l’extérieur, il y a de grands arbres. Non je ne suis pas là où je suis… Vite je vais me réfugier auprès de mon arbre.
Oh tiens, mon amoureux ressemble à un docteur, habillé comme cela. Viens par là que je te « sniffe », toi qui heureusement n’a pas mis de parfum aujourd’hui. Vive les phéromones !!!
La SF de garde rompt la poche des eaux. Elle me recouvre de draps, baisse les lumières. Nous sommes enfin seuls. Mon amoureux à mes côtés. Ma SF dans le couloir, je vois juste sa tête par la lucarne qui me dit de tenir bon. Elle mime ses sages conseils au futur papa.
Je pense à Magali de « Naître enchanté », à son « oui » inconditionnel. A bas l’adrénaline si je veux conserver ma production d’ocytocine et continuer à avoir des contractions « utiles ».
Vite je retrouve la chaleur, je transpire à force d’aider mon bébé à descendre.
Oh que j’aimerais me tenir à genou. Cette table est vraiment inconfortable… Derrière la porte ma SF nous propose une posture. Oui, c’est comme si j’étais accroupie.
Oh ça y est, je sens le petit pied de bébé qui fait toc toc. Oh il s’est tourné !!!
L’agitation est à son max, ça y est, c’est le clou du spectacle. Je ne serais dire combien de personnes sont devant moi… Il est presque 20h.
Plus que 3, 4 poussées…, bébé est là. Je veux le mettre sur moi, tout de suite. « Mais arrêtez de l’essuyer, il a besoin de son vernix… Je prends la dose d’arnica, non merci pas d’hormone de synthèse. Attendez qu’il cesse de battre avant de couper le cordon. »
C’est une fille… Elle n’a pas envie de téter. « Allez aide moi pour la délivrance ». Bébé ne veut pas titiller mes tétons, pas grave papa s’en charge. Enfin nous sommes seuls dans cette salle. Plaf ! Le placenta sort.
Tiens ma SF n’est plus à la fenêtre… A-t-elle eu droit à ce partage d’émotions si intense ? La suite me dira que le monde médical ne partage pas ce plein d’humanité… Frustrée, elle a été conduite dans la salle d’attente pour ces 5 min de bonheur dont elle avait, elle aussi, besoin pour terminer son accompagnement.
Malgré ma préparation à un accouchement physiologique, je n’aurais pu mener à bien cette épreuve physique sans accompagnement dans cet environnement médical. Toutes les lectures et autres apprentissages théoriques ne sont plus re-mémorables, le cerveau intelligent (néo-cortex) est déconnecté. Mon conjoint a joué son rôle de soutien. Ma SF m’a prodigué son savoir. La SF de garde a joué son rôle de relais entre les protocoles liés à la présentation et mes besoins physiologiques. L’interne avait envie de pratiquer cette manœuvre qui se présente rarement. Tous ces éléments ont permis à ma fille de voir le jour « naturellement ». La présence de ma SF a vraiment été essentielle. Une confiance mutuelle s’est installée lors de nos rendez-vous durant la grossesse. Elle savait comment me guider physiologiquement.

Histoire d’un accouchement à domicile

Maman de deux enfants, mon expérience lors de ces 2 grossesses et accouchements est bien différente. La vie a fait qu’ils se sont déroulés avec 10 ans d’écart. Cela m’a permis de m’écouter, me renseigner et de tout mettre en œuvre pour que le dernier se déroule dans le respect. J’espère bien que pour le 3e je puisse aller jusqu’au bout de mes souhaits.

Je suis une personne qui va très peu voir le docteur. Tant mieux pour moi, me direz-vous, mais ce n’est pas seulement la chance de ne pas tomber malade, j’y vais quand vraiment cela est nécessaire. Je n’allais pas changer de point de vue en étant enceinte. Pour les 2 grossesses, j’ai eu un suivi personnalisé. Avec mon médecin généraliste pour la 1ère et une SF libérale pour le 2e. Le souhait d’accoucher à domicile était déjà présent pour ma 1ère grossesse, seulement à l’époque je pensais qu’il n’y avait pas besoin de suivi particulier. Je m’y suis prise trop tard…

Nous avons préparé l’arrivée de bébé 2 pour un AAD. Tout au long de ma grossesse, j’ai pu installer une relation de confiance avec la SF. Elle ne m’a pas forcé ou culpabilisé par rapport à des examens médicaux faits automatiquement alors qu’ils ne sont pas obligatoires et effectués alors que la pathologie n’a pas lieu d’être (j’avais également un suivi gynécologique, je ne savais pas qu’une SF peut le faire, mais j’ai bien vite arrêté car toucher vaginal à chaque fois, 15 min accordées et en plus sans le moindre sourire). Elle m’a indiqué des lectures sur l’accouchement physiologique. Et la chose la plus importante qu’elle m’a enseigné pendant toute cette préparation, c’est de me faire confiance. J’ai eu besoin de lui parler franchement et je n’aurais pas pu le faire sans que la confiance soit installée. Mon ami (pour qui c’était le 1er) a été écouté et rassuré. Il avait peur de « tourner de l’œil », la SF nous a donc proposé qu’une personne nous assiste au cas où. Pour lui c’était important que j’ai quelqu’un de proche à mes côtés si lui ne pouvait rester jusqu’au bout. Nous avons arrangé la chambre de naissance avec des coussins, de quoi me suspendre, le ballon, une baignoire… Nous avons pensé, préparé et créé une atmosphère propre à nous, nos besoins, en ce moment si intime.
Lorsque bébé a montré les signes de son arrivée, paisiblement le papa, la SF et mon amie sont venus à la maison. Mon amie connaît ma maison, pas besoin de lui indiquer où sont rangées les choses. Elle fut d’une grande aide d’un côté logistique. J’ai pu ainsi avoir le papa à mes côtés pendant tout le travail. Ma SF m’a massé, proposé de faire ceci ou cela. Quand je ne le souhaitais pas, elle me proposait autre chose. Se sentir en sécurité est vraiment essentiel dans ce moment où il faut se laisser s’ouvrir…
Bébé a vraiment pris trop de temps pour sortir et nous avons dû nous rendre à la maternité. Dès l’arrivée aux urgences, j’ai été mise dans un fauteuil roulant. Mais je n’étais vraiment pas bien dans cette position, je me suis remise accroupie (comme je l’étais dans la voiture… maudits ronds- points…).
Arrivée dans la salle d’accouchement, ma SF a transmis les informations à la SF de la maternité. Elle ne pouvait pas rester, je me suis sentie abandonnée… Elle, qui nous a suivis jusque là, ne peut même pas voir bébé naître… La vie est déjà tellement dure, pourquoi infliger tant de frustration…
Je devais me mettre assise pour mettre la perfusion, le monitoring… J’ai fait ce que l’on me disait de faire (heureusement ce fut rapide) et me suis remise accroupie sur la table. La SF et son assistante m’ont demandé à plusieurs reprises de me mettre sur le dos. J’ai tenu bon et ai refusé. Ces 2 SF m’ont remercié après la naissance d’avoir accouché ainsi. Cela changeait de l’ordinaire.
J’ai pu rester 2 h et mettre mon bébé au sein. Le bonheur !!! Car pour ma fille, bébé1, on me l’avait retirée tout de suite. Beaucoup de choses ont changé en 10 ans…
Mais il y a encore des gestes automatiques, des souhaits non respectés. C’est mon corps et il me semble être en droit de choisir. Donc même en 2013, injection d’ocytocine à mon insu après la naissance (c’est mon ami qui n’a pas voulu me le dire tout de suite car il savait que je n’étais pas d’accord… il ne voulait pas me contrarier pendant un moment si magique…), injection de vitamine K à bébé, alors que 3 semaines plus tard ce n’était plus obligatoire… J’en ai pleuré… Demandé qu’on ne lui fasse que le lendemain… « Non, c’est le protocole !!! » C’est aussi le protocole d’habiller un bébé qui vient de naître avec un body, une brassière en laine et un pyjama alors que nous sommes en juillet et qu’il fait 30°C… Collé contre moi, il serait resté bien au chaud… Ainsi que de l’avoir dans mes bras pendant le transport en chambre : « Ah non madame, vous ne pouvez pas » « Mais il est au sein… » « Mais madame voyons cela peut choquer des gens de voir un bébé allaité !!! » Là elle poussait vraiment le bouchon trop loin, j’ai donc demandé à mon ami de me donner un lange et j’ai caché mon enfant et ce sein (que je ne saurais voir !)…
Heureusement, il est possible de sortir vite maintenant, et de rentrer à la maison. Vous parler de mon expérience d’il y a 10 ans… Est-ce que cela en vaut vraiment la peine… Je n’ai pas accouché, il y a 10 ans, je ne me suis pas du tout sentie actrice de ce moment…
Juste là, les jambes écartées devant des inconnus. Oh tiens, un étudiant qui passe, « il peut toucher votre col ? ». Insécurité totale, pas en confiance pour laisser bébé1 sortir. Il a fallu aller le chercher… A la cuillère, à la ventouse… Et puis pour le placenta, debout sur le ventre de madame…
Alors, pour bébé3 ???
Et bien je souhaite que cette grossesse se déroule aussi bien que les 2 premières et que je puisse Accoucher A Domicile. S’il n’y a plus de SF pour cela… Vous connaissez le livre « Accoucher par soi-même » de Laura Kaplan Shanley ? Pour l’instant j’en fais lecture, juste pour connaître son ressenti, sans arrière pensée. Mais si je n’ai pas le choix, pourquoi pas ? Car s’il en est ainsi, je ne l’aurai pas, le choix. On ne me volera plus un moment si unique, si intime. C’est une trop grande blessure dans la vie d’une femme.
Si vous ne le faites pas pour vous, pour vos filles, petites-filles, faites le pour les femmes de France. Laissez-nous le choix !
Je témoigne ici anonymement, pour que ma SF n’ait pas de souci.

Histoire d’une naissance – La venue au monde d’un ours au coin du feu

L’idée venait de moi mais mon compagnon, accueillit immédiatement cette idée : pour la naissance de notre 1er enfant, nous serons juste nous sur la terre et sous le ciel.
Cette décision a fait son bout de chemin avant d’apparaître clairement à nos esprits de futurs jeunes parents mais elle fut toujours en pleine conscience, ouverte et surtout menée à deux.

A l’annonce de la conception de l’enfant notre choix est fondé, il ne nous est pas concevable d’accoucher à la maternité. Non que nous en ayons peur, nous ne concevons simplement pas le fait de donner la vie dans un lieu et un contexte si éloignés de notre mode de pensée. Après quelque lectures et notamment le visionnage du film « Loba » (C. Bechard), l’idée est bien ancrée et nous commençons à chercher une sage-femme libérale qui pourra nous assister dans notre projet de naissance.

Le choix est vite restreint, une seule femme dans mon département pratique légalement cette activité. Nous la rencontrons et malgré le bon contact nous visualisons très vite la contrainte. La première difficulté est que nous vivons trop loin de l’hôpital, si bien qu’après avoir réfléchi à de nombreuses alternatives de logement, fatigués, nous décidons de trouver une autre solution.

C’est à cette période (au début de mon 6e mois de grossesse) que je pars visiter ma famille. A l’occasion d’un cercle de tambour et d’un voyage chamanique je fais un rêve.
Je nous y vois en tenue d’Adam et Eve installés au bord d’un lac dans une petite hutte rouge et violette, moi hurlant de douleur mais dans la pure sérénité, donnant la vie. Seuls avec la nature. Plongés en nous-mêmes.
Aussitôt j’annonce mon choix au futur père : vivons mon rêve. Il accepte.

A mon retour, après avoir longuement discuté avec une femme ayant mis au monde seule ses 4 enfants, un ami me parle d’une femme, une sage-femme, qui propose des ateliers autour de la naissance en conscience. Nous nous sentons en demande de conseils et nous savons qu’il existe encore des barrières en notre cœur qu’il nous faut abattre avant de savoir vivre pleinement notre accouchement.

Ainsi, nous rencontrons D. et ses ateliers « naitre au monde ». Peu à peu une infinie confiance naît en nous, aidés par le ton ferme de cette lumineuse femme et sa « guidance » douce au voyage que nous faisons en nous même dans notre vie, nos âmes passées, nos souvenirs et nos attentes. Parfois des craintes apparaissent, chez nous et surtout autour de nous, nos amis et ma famille sont sceptiques, nous essuyons à de nombreuses reprises des mises en garde et autres « quelle folie! ». Mais la force est en nous et nous tenons le cap.
Après plusieurs rencontres et l’amitié qui pointe son nez, nous décidons ensemble que le jour venu, D. sera présente en conscience, chez elle et que nous pouvons l’appeler et la solliciter si le besoin s’en fait sentir. Sa bienveillance est d’une grande aide et nous remercions encore son travail accompli à nos côtés.

C’est à terme complet, à 4 h du matin que je ressens les premières contractions.
Ayant vécu les pires douleurs de lunes je m’attends à me tordre dans tous les sens mais je découvre en moi de grandes vagues de chaleur et des papillons tout le long de mon dos.
L’excitation est à son comble, enfin je vais rencontrer mon enfant, bercé neuf longs mois et plonger à la rencontre de ma féminité.
Je secoue mon compagnon : « ça y est, ça commence ! » et tandis qu’il profite de quelques heures de sommeil je descends dans le salon et me berce doucement sur le canapé après avoir allumé une grosse bougie.

Bien vite mon amoureux me rejoint, il allume un feu dans le poêle et nous installons devant un gros matelas garni d’une bâche et de draps.

Je surfe sur la vague des contractions, de plus en plus intenses, je les respire puis tombe dans le sommeil, me réveille encore et prends la douleur puis me rendors.

Au bout de quelque heures je suis prise d’intenses nausées, impossible d’avaler quoi que ce soit (de tout le travail) la seule pensée de me nourrir fait remonter en ma bouche un flot de bile. Je me force à boire un peu d’eau, nous nous habillons chaudement et sortons nous promener.
Nous marchons autour du petit lac derrière notre maison, le temps est couvert et j’ai grand peine à marcher, m’arrêtant tous les dix mètres pour imiter la tortue, je finis par vomir appuyée à une table de pique-nique. Mes pensées sont claires et sereines mais je commence à comprendre la difficulté du travail. Peu à peu, je rentre dans la transe.

Je répète intérieurement un mantra, pour moi et mon bébé en voyage : « Je suis sur la terre, je crois en toi, je crois en moi, tu es tel(lle) le cosmos et le ciel attend ton cri, viens ! »

Nous sommes de nouveau dans la maison de montagne, il est aux alentours de midi et les vagues de douleurs sont de plus en plus violentes, je n’ai plus aucun répit et commence à faire les cents pas. Je marche sans arrêt dans la maison chaude, parfois je sors sur le balcon et regarde l’étendue verte et orange sans pouvoir clairement rien distinguer.

Je suis tellement descendue au fond de moi que j’ai l’impression de ne plus vraiment être humaine, simplement de flotter dans un rêve. Je suis une louve qui se mord la langue dans sa grotte. Mes vêtements tombent peu à peu jusqu’à ce que je sois complètement nue, parfois je me réfugie sous une douche chaude et les larmes viennent sans que je ne pleure, mon corps se purifie encore et fait place.

Mes gémissements deviennent rauques, parfois la colère monte en moi, l’impatience, le doute, tout vient, je grimpe sur la table, danse et tape du pied, souffle et souffle encore, appelle ma mère d’un cri redevenant un instant une enfant en détresse.

Mon compagnon est d’une présence magnifique, il me rassure, me dit des choses douces et joue de l’utar. Malgré mon refus il accroche un drap aux poutres pour que je me soutienne et il vient me masser le dos de toute sa force. La douleur est si vive que je pousse ma tête dans son ventre en râlant, il m’incite à faire la danse de l’infini avec mon bassin et nous ondulons ensemble sous ses mains.
Souvent il est simplement là, m’observant, attentif à toute demande, chargeant le poêle encore et encore de bois. Il me sourit et la confiance revient.

Souvent, je rentre en communication avec le petit être, je le vois ondulant dans mon immense ventre qui s’est transformé en une piste de décollage spatial. Je le rassure de mes mains, de mes prières. Comment vit-il cette descente?

Il est 18h et je me questionne, « pourquoi ai-je si mal ? Je veux de l’aide ! Emmène-moi à l’hôpital, tant pis ! ». Mon amour tient bon : « rappelle-toi, ce n’est pas ce que tu veux, sois forte ». Il me propose d’appeler D. et j’accepte difficilement, me forçant à trouver une voix humaine. Elle nous rassure bien vite « tout se passe très normalement ! Tu as mal, c’est bien, embrasse ta douleur, tu saignes un peu, pas d’inquiétude, tu hurles ? Plus fort ! » nous la remercions et déjà j’ai retrouvé toute ma force.

Quelques minutes après, mon corps change de ton, il vient en moi une sensation d’apesanteur et de lourdeur, le bébé est très bas dans mon bassin et appuie de toutes ses forces contre mon sacrum. Je m’assieds sur la table à manger et mon compagnon vient évaluer l’avancée du travail, il sent la poche des eaux et un crâne bien dur pas si loin dans mon utérus. Serait-ce enfin notre bouquet final ?

Je m’accroupis au pied du canapé, et commence à pousser, plus fort, plus fort. Ai-je assez de force ? Je me sens déjà épuisée, à bout. Pousse, pousse, vas-y ! Mon compagnon entame un chant de transe au creux de mon cou, ainsi je reste ancrée dans la réalité et le sol. Je lui dis d’un souffle que je veux mourir, et je le répète, je dois mourir. Et c’est vrai, je meurs et me métamorphose. Je meurs pour donner la vie et renaître.

La poche des eaux finit par se rompre et explose sur mes pieds, je suis maintenant à genoux et la tête du petit être est à bout de doigts.

Mon corps se déchire en deux et mes cris sont de lionne. Je sens le petit corps descendre avec entrain. Puis, alors que mon compagnon s’exclame qu’il perçoit la tête et me voit m’ouvrir comme une fleur, l’enfant jaillit tout entier dans ses mains ouvertes en un ultime hurlement de délivrance. Comment décrire la sensation de ce passage… Impossible, c’est le secret de chaque naissance.

Ému aux larmes l’homme donne à la femme l’enfant qui chante la vie d’un cri strident. Je découvre son corps glissant de sang et la serre, cette petite fille, tout contre mon visage, le souffle coupé. Je ris.
Je la prends dans mes bras et retourne m’installer près du feu, lui présente mon sein qu’elle attrape aussitôt goulûment. L’espace a changé, la matière tout autour de moi n’est plus la même, à présent nous sommes trois pour la vie, nous sommes blottis les uns contre les autres, émerveillés, sans voix.

Mon compagnon m’annonce le prénom qui vient sonner en son esprit. L’enfant paix, la déesse gitane blanche sur les flots.

Mais tout n’est pas terminé, et la lucidité me revient, car au bout du cordon battant, le placenta, frère de sang de l’enfant doit sortir. Il ne vient pas. D. monte dans sa voiture et arrive à toute allure pour me venir en aide, par précaution je bois quelques gouttes de teinture d’hamamélis.

Instant suspendu, j’appelle mes parents pour leur annoncer la nouvelle, ils s’impatientent, comme tout le grand cercle d’amis et de femmes autour de nous, de cette naissance peu conventionnelle. J’entends ma mère respirer enfin et mon père pleurer. Quel bonheur !

Vient le moment de couper le cordon qui ne bat plus, nous stérilisons une lame de fer et expliquons à mon bébé qu’à présent elle n’en a plus besoin, qu’elle se nourrira en mon sein et trouvera du réconfort en nos bras. Nous remercions l’organe bleuté d’avoir veillé sur notre enfant et « couic! » bienvenue parmi nous !

 

Quand D. arrive je suis montée chercher de l’argile pour le cordon, notre amie n’en revient pas « quelle énergie! » c’est vrai que je me sens si bien ! Rapidement, elle m’aide à accoucher du « gâteau de vie » qui était en cours de route pour descendre et en parfait état. (Qui est encore au congélateur, attendant d’en faire des remèdes et un petit rituel)

Mon compagnon tient l’enfant tout contre lui et tandis que notre sage (très sage) femme avale un pot de crème de marron et une bonne tasse de café je me précipite sous une douche apprécier mon corps seul retrouvé.
La nuit est déjà bien entamée, D. nous quitte et nous montons nous coucher tout contre le minuscule corps chaud et fragile, plus rien n’existe à part nous sous la lune… Quelle journée!

Ainsi s’achève l’histoire de notre naissance où commence celle de la parentalité, qui vibre chaque jours en nous depuis et, pour toute notre vie.

Merci D. pour ta calme écoute, tes rires et ta franchise, tu es une mère, une sœur, une femme entière et parée d’or. Tu nous a révélés à notre acte de vie.

Merci à toi ma mère de m’avoir enfantée comme tu l’as été, d’être branche et racine et d’avoir accepté de vivre ce choix de naissance malgré ta peur, d’avoir tenu bon.

Merci mon père de nous avoir toutes soutenues, merci pour ta voix et tes pleurs, la plus belle des musiques qui soit.

Merci à toi mon compagnon car avec toi tout était possible et doux, tu étais ma lumière, le phare au bout de la grève, tu es le plus beau père qui soit et chaque jour tes yeux me le rappellent.

Merci enfin à toi petite louve, enfant de la balance et des gémeaux, tu as accompli une épopée magique et ta venue est le plus pur éclat.

Merci la terre, merci le ciel, merci la vie.

L.

Lettre de naissance d’A

Je m’appelle A., j’ai bientôt 32 ans, et nous avons accueillis avec mon conjoint L. notre premier enfant L. le 10 février 2014 ! C’est un bébé surprise qui a été conçu après 3 mois d’une nouvelle relation, et nous avons décidé que s’il nous avait choisi, c’est que nous devions être ses parents.

Nous habitons dans un bus, et ma grossesse présentait d’après mon gynécologue des risques (plusieurs papillomavirus, colonisation du col de l’utérus en janvier 2013, rdv avec échographie tous les 10-12 j, repos forcé à 4 mois ½ de grossesse afin de reculer la date d’accouchement un maximum car d’après mon gynéco, « si l’on passait la date de prématurité, ce serait bien, mais il naîtra bien avant terme »).
L. est né 5 jours après terme, après 42 h de contractions, un déclenchement, deux péridurales, les cuillères, les pleurs, l’épisio, les hémorroïdes, enfin la totale ! Franchement pas l’accouchement rêvé !
Comme son intestin avait commencé à fonctionner in utero, j’ai juste eu le temps de l’attraper, mais n’ai pas eu le droit de le serrer fort contre moi, car il a fallu couper le cordon très vite, pour me le prendre et l’aspirer… J’aurais voulu que le cordon cesse de battre tout seul, laissant le temps d’atterrir à mon petit… déception… J’aurais voulu garder le placenta pour l’enterrer et planter un arbre, encore une déception… (nous avons quand même planter l’arbre !). J’aurais voulu accoucher dans l’eau… J’ai accouché, écartelée, les quatre fers en l’air, avec des pinces à salade entre les jambes… Ils ont fait sortir mon compagnon car la vue des instruments pouvait choquer, mais ils ne m’ont pas dit de ne pas regarder. Choquée ! J’ai été meurtrie, dans mon corps et dans ma tête, et j’en garde un souvenir de douleur difficilement oubliable…

Nous avions déjà un projet de naissance à domicile, mais nous avons été gentiment découragés par ces « nombreux » risques, et comme je ne voulais absolument pas accoucher à la grande usine hospitalière de Quimper, nous avons donc préféré faire de la route et choisi l’hôpital de Landerneau, plus petit, plus familial mais quand bien même médical.

J’ai été déstabilisée de ne pouvoir manger, boire, de souffrir toute seule dans ma chambre, sans repères, et sans me fier à mon instinct, voyant défiler les sages femmes m’expliquant des choses différentes, la froideur de certains professionnels, etc. Heureusement que l’élève sage femme, jeune et pétillante, qui m’a suivi durant la dernière journée du travail est restée avec moi jusqu’à la fin, malgré la fin de sa garde, et que son sourire et sa bienveillance m’ont permis de continuer de croire en moi. Je lui en suis reconnaissante pour ça.

Enfin, tout ça pour vous dire que je reste persuadée que l’accouchement à domicile reste la meilleure façon de gérer son stress, d’être la véritable actrice de son accouchement, et de pouvoir offrir une venue au monde décente et emplie de tendresse et d’amour à un petit être nouveau. Comme nous avons envie d’agrandir notre famille mais que j’angoisse déjà de revivre un accouchement pareil, un accouchement à la maison s’imposera.

Mais si je vous écris aujourd’hui c’est pour vous parler de ma sœur A. (30 ans). Ils ont avec son conjoint N. un petit garçon de bientôt 3 ans, et attendent un deuxième bébé pour le mois de juillet. Son garçon est né à l’hôpital de Quimper et ma sœur en garde un souvenir flou, mêlé de bien trop de gens, de froideur de l’hôpital, de fatigue, d’impersonnalité, de réveil à 7 h du matin etc. Enfin, tout ce qu’on peut reprocher au protocole hospitalier !
Pour leur deuxième, elle a pris contact très rapidement avec les sages femmes du département pour projeter un accouchement à la maison, mais entre déménagement, défaut d’assurances, ou 10 km de trop au compteur, aucune d’entre elles ne veut les accompagner dans le processus d’un accouchement à domicile.

Je vois bien qu’elle est tout à la fois déçue, angoissée et qu’elle ne sait plus trop quoi faire. Elle va se résoudre à retourner faire naître son enfant à l’hôpital mais comment peut-elle être dans les meilleures dispositions pour accueillir son enfant si elle y va à reculons ?

Je lance un appel donc, à qui pourra nous aider, pour ma sœur actuellement, et pour moi plus tard. Faut-il se lancer dans une démarche d’accouchement seul, sans aide extérieure ? Y a-t-il des sages-femmes qui traversent les départements ? Peut-on encore rêver de vouloir être tranquille chez soi, confiante, entourée et accompagnée pour faire valoir ce qui est encré au plus profond de nous, la faculté de faire naître nos enfants ? Y a-t-il des solutions ?

J’ai envie d’y croire…